
Bonus-malus assurance auto : calcul, plancher et transfert
Le bonus-malus multiplie votre prime d’assurance auto par un coefficient qui baisse de 5 % après chaque année sans sinistre responsable et grimpe de 25 % à chaque accident dont la responsabilité vous revient. Il démarre à 1, ne descend jamais sous 0,50 et plafonne à 3,50. Le barème est identique chez tous les assureurs français.
Un coefficient qui multiplie la prime, rien de plus
Son nom officiel : coefficient de réduction-majoration, ou CRM. Ni remise commerciale ni geste de votre assureur, le mécanisme est imposé par la clause-type annexée à l’article A. 121-1 du Code des assurances. Le barème et la méthode de calcul y figurent noir sur blanc, identiques pour toutes les compagnies opérant en France.
Le fonctionnement tient en une multiplication. À chaque échéance annuelle, votre assureur établit d’abord une prime de référence : celle qu’il facturerait pour un risque aux mêmes caractéristiques techniques, à savoir le modèle, l’usage, la zone de circulation et la formule de garanties. Il applique ensuite votre coefficient. Un CRM de 0,60 sur une prime de référence de 800 euros donne 480 euros. Le même contrat à 1,56 revient à 1 248 euros. Deux conducteurs au volant du même modèle, dans la même rue, paient donc du simple au triple.
Les garanties concernées par le calcul
La clause-type délimite précisément l’assiette : responsabilité civile, dommages au véhicule, vol, incendie, bris de glace et catastrophes naturelles. Les prestations facturées séparément, assistance ou protection juridique selon les contrats, restent souvent hors champ. Un bonus de 50 % ne divise jamais la facture totale par deux, ce qui surprend le premier assuré arrivé au plancher.
Un mot sur l’homonymie, qui trompe beaucoup de monde. Ce coefficient n’a aucun lien avec la taxe payée à l’immatriculation d’une voiture neuve : le malus écologique frappe le CO2 et la masse du véhicule, une seule fois, au guichet fiscal. Le bonus-malus d’assurance se rejoue chaque année sur votre contrat.
Les véhicules qui échappent au dispositif
Tous les véhicules terrestres à moteur ne sont pas soumis au CRM. D’après service-public.fr, le dispositif ne s’applique pas :
- aux cyclomoteurs, motocyclettes légères et quadricycles à moteur ;
- aux véhicules de collection de plus de trente ans ;
- aux engins agricoles, forestiers et de travaux publics ;
- aux véhicules de transport public de voyageurs ;
- aux véhicules dont le poids total autorisé en charge dépasse 3,5 tonnes ;
- aux contrats couvrant plus de trois véhicules appartenant au même propriétaire.
Les flottes d’entreprise sortent du barème réglementaire et relèvent d’une tarification négociée, révisée à la sinistralité constatée sur le parc.

La règle annuelle : 5 % de moins par exercice sans accroc
Après chaque période sans sinistre, le coefficient est multiplié par 0,95, le résultat étant arrêté à la deuxième décimale et arrondi par défaut. Cette troncature explique la suite officielle, qui n’est pas une décroissance régulière de cinq centièmes.
La période de référence s’arrête deux mois avant l’échéance
Point technique décisif, et source de malentendus à répétition : la période prise en compte couvre douze mois consécutifs qui s’achèvent deux mois avant l’échéance annuelle du contrat. Un contrat à échéance au 1er avril examine donc les sinistres survenus entre le 1er février de l’année précédente et le 31 janvier.
Conséquence concrète : un accident responsable déclaré en février, sur ce même contrat, ne pèse pas sur l’avis d’échéance d’avril. Il bascule sur celui de l’année suivante. L’assuré qui voit sa prime baisser juste après un accrochage n’a donc rien gagné, le décalage rattrape tout le monde douze mois plus tard.
Treize années pour toucher le plancher
Le coefficient ne descend jamais sous 0,50. Voici la trajectoire complète telle qu’elle découle du calcul réglementaire, en partant d’une première souscription :
| Années sans sinistre responsable | Coefficient | Réduction sur la prime de référence |
|---|---|---|
| Souscription | 1,00 | aucune |
| 1 an | 0,95 | 5 % |
| 2 ans | 0,90 | 10 % |
| 3 ans | 0,85 | 15 % |
| 4 ans | 0,80 | 20 % |
| 5 ans | 0,76 | 24 % |
| 6 ans | 0,72 | 28 % |
| 7 ans | 0,68 | 32 % |
| 8 ans | 0,64 | 36 % |
| 9 ans | 0,60 | 40 % |
| 10 ans | 0,57 | 43 % |
| 11 ans | 0,54 | 46 % |
| 12 ans | 0,51 | 49 % |
| 13 ans | 0,50 | 50 % |
Un contrat souscrit à 25 ans et conduit sans sinistre atteint la réduction maximale vers 38 ans. Le rythme ralentit sur la fin : les trois derniers paliers ne rapportent qu’un point de pourcentage chacun, alors que les quatre premiers en rapportent cinq.
Ce qu’un sinistre responsable coûte vraiment
Un seul accident efface plusieurs années de patience. La majoration frappe le coefficient en cours, pas la prime affichée, et son effet se traîne sur toute la trajectoire restante.
Responsable à 100 % : le coefficient monte de 25 %
Chaque sinistre engageant votre responsabilité entière multiplie le CRM par 1,25. Un conducteur à 0,64, soit neuf années de conduite propre, passe à 0,80. Quatre nouvelles années sans sinistre lui seront nécessaires pour retrouver son niveau, et deux accidents responsables la même année le renvoient à 1,00.
La responsabilité ne se décrète pas au comptoir. Elle résulte de l’échange entre les assureurs des parties, sur la base du constat amiable et des conventions d’indemnisation du secteur. Signer un constat en se disant « de toute façon je ne suis pas en tort », sans soigner le croquis ni les cases cochées, revient à confier l’arbitrage à l’autre conducteur.
Responsabilité partagée : la majoration tombe de moitié
Quand la responsabilité est reconnue partagée, cas fréquent sur un refus de priorité contesté ou un carambolage, la majoration est réduite de moitié. Le multiplicateur devient 1,125, soit 12,5 % de hausse. Le même conducteur à 0,64 monte à 0,72 au lieu de 0,80. L’écart paraît modeste sur une année, il représente plusieurs centaines d’euros cumulés sur la durée de reconstitution du bonus.
Le plafond de 3,50 et les majorations qui s’y ajoutent
Le coefficient ne dépasse jamais 3,50, soit une prime multipliée par trois et demi. Ce plafond ne clôt pas la facture : la réglementation autorise des majorations distinctes pour circonstances aggravantes, cumulables dans une limite de 400 %. D’après service-public.fr, elles atteignent :
- 150 % pour une conduite sous l’emprise d’un état alcoolique ;
- 100 % pour un délit de fuite ;
- 100 % pour une fausse déclaration sur les éléments du risque ;
- 50 % à 100 % selon la durée d’une suspension de permis ;
- 50 % à partir de trois sinistres sur une même période de référence.
Ces majorations frappent la prime de référence, pas le coefficient : les deux mécanismes se cumulent. Un assuré associant malus élevé et circonstance aggravante sort du marché classique et se retrouve orienté vers les assureurs spécialisés, voire vers le Bureau central de tarification lorsque aucune compagnie n’accepte le risque. La responsabilité civile restant due en toutes circonstances, ce détour évite de rouler sans couverture, un point développé dans le guide de l’assurance auto obligatoire.

Les sinistres qui laissent le coefficient intact
Toutes les déclarations ne coûtent pas du bonus. La clause-type écarte du calcul plusieurs catégories, quelle que soit leur fréquence :
- le vol et la tentative de vol ;
- l’incendie ;
- le bris de glace ;
- les catastrophes naturelles ;
- les dommages subis par le véhicule en stationnement, sans responsabilité du conducteur.
S’y ajoute le cas le plus courant de tous : l’accident où votre responsabilité n’est pas retenue. Un véhicule qui vous percute par l’arrière à un feu rouge ne touche pas votre coefficient, même quand votre assureur avance l’indemnisation avant de se retourner contre celui du tiers.
Ces exclusions supposent que la garantie correspondante figure au contrat. Une formule au tiers strict ne couvre ni le bris de glace ni le vol, et la question du coefficient ne se pose même pas faute d’indemnisation. Le périmètre exact se lit ligne à ligne dans le tableau de garanties, un critère détaillé dans notre comparatif assurance au tiers ou tous risques.
Une nuance échappe souvent aux assurés : coefficient et tarif sont deux choses distinctes. Votre CRM peut rester bloqué à 0,50 pendant que votre cotisation augmente, parce que l’assureur a relevé sa prime de référence sur votre profil, votre modèle ou votre zone de circulation. Trois bris de glace en deux ans ne créent aucun malus, mais ils pèsent lourd au moment de reconduire le contrat.
Remonter la pente après un malus
Le dispositif prévoit une sortie rapide, largement ignorée de ceux qui la subissent.
Deux années propres suffisent pour revenir à 1
Après deux années consécutives sans sinistre, le coefficient ne peut plus être supérieur à 1. La remontée est brutale et intégrale : un conducteur à 2,44 après plusieurs accidents redescend directement à 1,00, sans repasser par les paliers intermédiaires. Aucune démarche à effectuer, l’assureur applique la règle à l’échéance.
Ce mécanisme change la stratégie après un accident sérieux. Deux ans de vigilance ramènent le contrat au niveau d’un conducteur neuf, alors que treize années séparent ce même niveau du plancher. Résilier pour fuir son malus n’apporte donc rien : le coefficient suit, et le compteur des deux ans continue de tourner de la même façon chez le concurrent.
Le bonus 0,50 protégé après trois ans
Autre disposition méconnue : aucune majoration ne s’applique au premier sinistre survenu après une période d’au moins trois ans durant laquelle le coefficient est resté égal à 0,50. Un assuré au plancher depuis trois exercices conserve donc son 0,50 après un premier accident responsable. Le suivant, lui, majore normalement.
Cette clause ne se réclame pas, elle s’applique de droit. Vérifiez-la sur votre avis d’échéance : une erreur de saisie chez l’assureur se corrige sur simple réclamation, relevé à l’appui.

Changer de voiture, d’assureur ou de situation
Le coefficient ne vit pas dans la carte grise. Il suit le contrat et les conducteurs habituels qui y sont déclarés, ce qui règle la plupart des situations courantes.
Le transfert au nouveau véhicule est automatique
Vous vendez votre voiture et en achetez une autre ? Le CRM se transfère intégralement, dès lors que les conducteurs habituels restent les mêmes. Même chose pour un second véhicule ajouté au foyer sans nouveau conducteur régulier, et pour un changement de compagnie : le coefficient est un acquis, pas une faveur maison. Un assureur qui refuserait d’en tenir compte se placerait hors de la clause-type.
L’interruption de contrat obéit à des règles précises. Une coupure inférieure à trois mois sans sinistre ouvre droit à la réduction habituelle. Au-delà, le coefficient acquis est conservé en l’état, sans progression pendant la période non assurée. Un véhicule remisé plusieurs années ressort donc du garage avec le coefficient qu’il avait au moment de la mise en sommeil.
Conjoint, conducteur secondaire : la règle réelle
Le CRM est attaché au contrat et aux conducteurs déclarés, pas à une personne prise isolément. Un conjoint inscrit comme conducteur secondaire profite du coefficient du contrat tant qu’il y figure, et en subit aussi les malus : un accident responsable au volant, même en second conducteur, majore le coefficient du contrat entier.
Il n’emporte pas mécaniquement ce bonus en souscrivant son propre contrat, puisque les textes ne prévoient le transfert que si les conducteurs habituels demeurent identiques. Beaucoup de compagnies acceptent malgré tout de reconstituer une antériorité au vu du relevé, mais la décision relève du commercial. Faites-la écrire au devis avant de signer, au même titre que les franchises et les plafonds détaillés dans notre méthode pour bien choisir son assurance auto.

Le relevé d’information, votre preuve opposable
Ce document d’une page est la seule pièce qui atteste votre coefficient. Il vous suit d’un assureur à l’autre et vaut historique officiel, y compris devant un médiateur.
Votre assureur doit vous le fournir dans les quinze jours suivant votre demande, selon l’article 12 de la clause-type annexée à l’article A. 121-1 du Code des assurances. Aucun motif ne justifie un refus, ni un impayé ni un litige en cours sur un sinistre.
Le relevé mentionne :
- l’identité du souscripteur et celle des conducteurs déclarés ;
- le véhicule assuré et la date de souscription du contrat ;
- les sinistres survenus au cours des cinq dernières années, avec leur date et le taux de responsabilité retenu ;
- le dernier coefficient de réduction-majoration appliqué au contrat.
Demandez-le avant de comparer, pas après. Un devis calculé sur un coefficient annoncé de mémoire se corrige à la hausse dès la production du document, et l’écart de prime suffit à faire tomber l’offre la moins chère au troisième rang. La plupart des assureurs réclament un relevé récent, de moins de trois mois en pratique.
Relisez-le ligne à ligne à sa réception. Un sinistre mal imputé, un taux de responsabilité erroné ou un coefficient non actualisé se contestent d’abord auprès de la compagnie émettrice, puis auprès du médiateur de l’assurance en cas de blocage. Une erreur laissée sans réaction se propage à chaque contrat suivant pendant cinq ans, et personne d’autre que vous ne la repérera.
Prochaine étape : sortez votre dernier avis d’échéance, repérez le coefficient appliqué et confrontez-le au nombre d’années sans sinistre inscrites sur votre relevé. Un écart d’un seul palier représente 5 % de prime chaque année, jusqu’au jour où quelqu’un le remarque.


